Comment les entreprises de l’ESS contribuent-elles aujourd’hui à structurer la filière naissante du recyclage des plastiques rigides ?

« Nous sommes confrontés à de grands groupes. Nous ne sommes pas des grands groupes  mais un réseau à multiples cerveaux qui avancent ensemble. » Paul Clément, le 9 juillet  2025, président du réseau Centralplast.  

Créé en 2021, Centralplast est le premier réseau national inclusif de recyclage des plastiques rigides en France. Il regroupe des entreprises d’insertion qui ont pour mission de structurer une filière encore émergente tout en créant des parcours professionnels pour des personnes éloignées de l’emploi. Les six membres actuels du réseau se sont donc rassemblés pour faire entendre la voix des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) face à la montée en  puissance des plus grands industriels.

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Camille Frangié

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Sommaire

Economie circulaire et insertion, une double mission

Un réseau qui se distingue des autres entreprises

Ce qui distingue les entreprises du réseau Centralplast, c’est qu’elles conjuguent performance environnementale et utilité sociale. 

Les structures de l’Economie Sociale et Solidaire ont à cœur de concilier rentabilité économique et utilité sociale. Elles sont organisées sous forme d’associations, coopératives, mutuelles ou fondations avec une gestion démocratique, des profits encadrés et une recherche de l’intérêt général. 

Dans le cas des membres du réseau Centralplast, ce sont des entreprises adaptées (EA) ou  des entreprises d’insertion (EI) qui ont comme base les principes de l’ESS en faisant par exemple travailler des personnes éloignées de l’emploi ou des personnes en situation de  handicap. Engagées, elles ne se contentent pas de recycler : elles forment, insèrent,  accompagnent. 

« Toutes nos entreprises à impact sont basées sur l’intelligence collective, plus sur  l’humain que sur la technologie. » – Paul Clément

Une filière en construction d’un marché sous tension

La filière du recyclage des plastiques rigides est encore jeune et peu structurée. La  réglementation a évolué rapidement, parfois sans laisser le temps aux petites structures de s’adapter. Pourtant, une part importante des plastiques rigides n’est pas collectée et traitée et continue de ne pas être valorisée, faute de débouchés ou de structuration. En France, 80% des plastiques sont enfouis ou incinérés, 13% seulement sont effectivement recyclés, avec 1,3 million de tonnes de plastiques rigides enfouis chaque année. L’essentiel des plastiques  recyclés est issu des emballages, et les plastiques rigides sont laissés de côté. Les entreprises du réseau Centralplast souhaitent ainsi mieux recycler ce plastique rigide encore trop peu valorisé aujourd’hui.  

« À l’époque, on savait recycler une bouteille plastique de 40 grammes, composée de deux  types de plastiques – du Polytéréphtalate d’éthylène (PET) et du Polyéthylène haute densité (PEHD)– avec une étiquette, parfois en papier, parfois en plastique, collée avec de la colle. On savait traiter ça. Mais paradoxalement, une chaise de jardin de 2 kg en plastique mono matière partait directement à l’enfouissement. Il y avait donc un vrai non-sens. Très vite, je  me suis rendu compte que le vrai problème, c’était surtout l’absence totale d’organisation. Il n’y avait aucun lien entre les plasturgistes – ceux qui fabriquent les objets en plastique – et les acteurs du recyclage. Aucun. Et c’est là, à mon sens, le véritable enjeu du recyclage du plastique. » Paul Clément.  

Dans ce contexte, les grands groupes s’imposent peu à peu, captant les flux et les financements. Pour les entreprises de l’ESS, la position est délicate : elles peinent à trouver leur place entre les complexités réglementaires, les exigences des éco-organismes et la course à l’échelle industrielle.

Centralplast : mutualiser pour exister

La naissance du réseau Centralplast

Le réseau Centralplast est né dans un contexte difficile pour les entreprises de l’ESS actives dans la filière. Face à la domination croissante des grands groupes, l’objectif est clair :  mutualiser les efforts, partager les savoir-faire et les expériences pour gagner en solidité, en  autonomie et en légitimité. En se rassemblant, ces structures renforcent leur position dans la  chaîne de valeur, notamment sur le segment stratégique du tri des plastiques rigides. 

« En 2016, on a concrètement perdu l’exploitation du centre de tri d’emballages qu’on avait  créé. […] Je me suis dit qu’il ne fallait plus que ça nous arrive. D’où la création des réseaux  : fonder un groupe pour pouvoir se défendre, pour maîtriser la chaîne de valeur si on ne veut  pas se faire avoir. » Paul Clément 

Concrètement, les entreprises du réseau œuvrent à détourner les déchets plastiques de  l’enfouissement. Elles les collectent auprès de partenaires clés, les trient et les préparent afin  qu’ils soient réintégrés dans l’industrie plastique pour un recyclage matière autour de 80-90  %, dans une logique d’économie circulaire exigeante.

La création d'un nouveau modèle

En structurant une filière nationale inclusive, portée par Utopreneurs, Centralplast prouve  qu’un autre modèle est possible. La création de Centralplast repose ainsi sur 3 axes : l’amont, la production et l’aval. 

En amont, l’objectif est d’accroître le volume des déchets traités par les entreprises membres.  Cela passe notamment par la reconnaissance du réseau comme acteur national de la filière  des plastiques rigides. 

En production, il s’agit de garantir la capacité du réseau à traiter les tonnages attendus et  produire une MPR (matière première de recyclage) qualifiée. Le réseau développe ainsi des  opportunités pour croître à l’échelle nationale et s’élargir.  

En aval, l’intégration de MPR post-consommation est le socle de la pérennité économique :  il s’agit ici de s’affranchir des logiques d’un marché instable en nouant des partenariats de  longue durée avec des exutoires plasturgistes. La stratégie adoptée est la R&D pour  caractériser les matières sortantes et de permettre ainsi la recherche d’exutoires à haute  valeur ajoutée.  

CONCLUSION

Aujourd’hui, le réseau couvre l’ensemble du territoire national. En 2024, Centralplast a  permis la collecte de 19 200 tonnes de plastiques dont 13 500 valorisés en recyclage. Le  réseau a été reconnu comme véritable acteur national de la filière des plastiques rigides et  compte développer son modèle.  En s’organisant collectivement au sein du réseau Centralplast, les entreprises de l’ESS  trouvent ainsi les moyens de pérenniser leur activité, de sécuriser leurs emplois et de  renforcer leur impact à long terme.

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